Interview de Marie-Claire Etong NgueleEkoué
Entretien réalisé par Nicolas
Ciarapica, éditeur du site voxdei.org
Nicolas: Chère Marie Claire, tu nous as présenté
un besoin, et le projet qu'avec plusieurs vous souhaitez mettre sur
pied, une bibliothèque pour les jeunes à Yaoundé.
Veux-tu nous faire croire qu'il n'existe vraiment aucune bibliothèque
digne de ce nom dans une ville qui compte des centaines d'établissements
secondaires?
Marie-Claire: Si on entend par bibliothèque un
local et quelques livres classés, je répondrais par l'affir-mative
en précisant que dans quelques lycées de la place, elles
existent. Mais en tant que profession-nelle, je répondrais par
la négative dans la mesure où ces structures mises en
place par le gouverne-ment ne remplissent pas les critères exigibles
pour être qualifié de bibliothèque dans le sens
plein du terme.
Nicolas: Soit, ils ont besoin
d'une bibliothèque. Mais je me suis toujours figuré qu'une
bibli-othèque, c'était quelques étagères
avec des livres... C'est si compliqué que cela?
Marie-Claire: Ce n'est pas la première fois que
j'entends cela. Pour l'homme de la rue en effet, il suffit de rassembler
quelques livres, de les jeter pêle mêle ou au mieux les
classer avec une personne pour les "garder", et vous avez
votre bibliothèque ! Dans ce cas tout le monde est donc
bibliothécaire et même toi Nicolas tu l'es, car je suppose
que tu as avez une petite collection chez toi. Eh bien non ! Quand
je parle de bibliothèque, je vois un local (qu'il soit de grande
ou de petite taille), je vois des ressources pertinentes capables de
répondre aux besoins du lectorat ciblé et dont on a bien
identifié les besoins. Je vois enfin un personnel qualifié,
en d'autres termes formé pour donner vie à tout ceci.
Je résume cette définition de la bibliothèque par
cette formule et je dis: bibliothèque = personnel qualifié
+ documents pertinents + local adapté. Nous nous situons dans
cette ligne-là.
Nicolas: Toi-même
personnellement, qu'est-ce qui t'a amenée dans ce choix professionnel,
et ensuite d'envisager ce service pour le Seigneur?
Marie-Claire: Quand j'ai été retenu pour un stage de formation
à L'EBAD de Dakar au Sénégal de 1986-1988, ce n'est
pas par amour du métier. Je me découvre moi même
une passionnée de ce métierdans la pratique (7 ans 1989-1996
dans un lycée classique à Bertoua à l'EST du pays
, ma province.)Ayant donné ma vie au Seigneur, j'entrevois dès
lors les possibilités énormes en matière d'évangélisation
que me donne cette.Je commence dès lors à collecter des
documents pour constituer la classe"200" de DEWEYqui renvoie
à la réligion .C'est ainsi que la bibliothèque
devient un champ d'égangélisation pour ces scolaires et
où le Seigneur m'a donné la joie de voir des âmes
se donner à Lui et en plus J'ai été comblée
d'avoir contribué d'une manièe ou une autre à l'éducation
de cette jeunesse et avoir appuyé par une documentation pertinente
les enseignements dispensés.
Nicolas: Quelles sont vos
relations avec le gouvernement? Avez-vous clairement établi quels
sont vos buts? Sont-ils de faire de l'évangélisation,
ou de la documentation pure?
Marie-Claire: Pour que notre projet prenne corps, il a fallu sacrifier
aux exigences de l'administration en matière d'association. L'Association
Jeunesse et Culture (AJEC )est donc depuis le 10 Février 2003
reconnue. nous avons la semaine dernière obtenu l'autorisation
de monsieur le maire pour l'implantation de la bibliothèque La
méfiance de l'administration vis-à-vis des chrétiens
nous a conduit à nous limiter à spécifier comme
objectif , la mise à disposition d'outils de connaissance.Les
élèves viendront consulter et ils rencontreront l'évangile.
Nicolas: Toi
et ton équipe cherchez des partenaires. Vous attendez juste de
l'argent, ou quoi d'autre précisément? On a déjà
vu des oeuvres recevoir des financements "laïcs" qui
ont eu pour résultat la mise en sourdine de l'aspect évangélisation...
Avez-vous songé à cet aspect dans votre communication
et votre stratégie?
Marie-Claire: Notre objectif est l'évangélisation
par le moyen du document chrétien. Dans cette perspective, notre
partenaire, c'est le Seigneur de qui nous attendons les resssources
matérielles, financières et humaines en Son temps, en
tout lieu, à Sa manière. La seule chose qui nous importait,
c'était de savoir si c'est Lui qui est à la source. Il
nous a donné notre ordre de mission, et maintenant nous Lui faisons
tout simplement confiance. Il y a peu, nous avions voulu solliciter
l'aide de l'UNESCO. Le Seigneur a fermé cette porte en nous rappelant
qu'Il pourvoiera Lui-même. Il n'est donc pas question de faire
appel aux paiens, à moins d'avoir des directives précises
dans ce sens.
Nicolas: Je dirais même
plus, au niveau du contenu d'une bibliothèque, et de ce que l'Unesco
dans sa charte considère que doit être un fond de référence,
il se trouve bien des poisons pour l'âme des jeunes... Mettrez-vous
à disposition des ouvrages explicitement chrétiens? En
vertu de quoi certains livres seront écartés, si même
par exemple on vous en fait don?
Marie-Claire: Notre politique de dons est très claire. Nous ne
recevrons aucun document qui entachent la foi en Jésus-Christ
que nous confessons. Le fond sera à la fois pédagogique,
c'est à dire qu'il devra refléter toutes les disciplines
enseignées dans le secondaire technique et général
donnant priorité au niveau de la classe de 3e et au second cycle
qui constituent pour nous une cible vulnérable; et chrétien,
c'est à dire tout document de type évangélique
au sens où nous l'entendons, sur support imprimé ou audiovisuel.
Nicolas: C'est une question
délicate, mais nous, européens, sommes souvent dans l'esprit
des africains la "vache à lait". Nous avons tout, pensent
certains... Pourtant, c'est loin d'être le cas ! Nous sommes
mêmes parfois plus démunis que les non- chrétiens.
Quelle est ton attitude vis à vis de l'argent, et je vais même
plus loin, comment savons-nous que nous pouvons te faire confiance,
ainsi qu'à ton équipe?
Marie-Claire: Permet-moi avant de te répondre
de te poser une question: Pourquoi aurais-tu décidé il
y a quelques temps de m'aider? Je vais reprendre à mon compte
tes propres paroles, suite au premier mail que je t'avais adressé.
Tu m'as dit: "Marie-Claire, je te fais confiance..." Alors
continuez de me faire confiance ! C'est ma réponse. Si je
me cachais de vous, me cacherais-je égalemnt aux yeux de L'Eternel,
qui sait et voit tout? Me soustrairais-je à Celui qui soupèse
et sonde les coeurs et les reins?
Nicolas: Vous chiffrez vos
besoins à une somme assez importante. Ne pouviez-vous vous contenter
de moins? Que ferez-vous si vous n'obtenez pas la somme escomptée?
Avez-vous reçu des directives précises du Seigneur là-dessus?
Comptez-vous démarrer "avec les moyens du bord"?
Marie-Claire: Nous n'attendrons pas, pour lancer le
projet, que cette somme soit réunie. Nous nous attelons à
rendre cette bibliothèque fonctionnelle au plus tard le 15 Octobre
2004. Nous avons déjà payé 5 mois d'avance sur
le local de 3 pièces (de petite taille certes) que nous avons
trouvé et dont l'emplacement est vraiment idéal, car des
établissements y gravitent. Pour la somme escomptée, nous
nous en remettons au Seigneur, comme je l'ai déjà mentionné.
Nicolas: Nous voudrions
vraiment vous aider, et voir votre exemple de profession-nalisme et
de désir d'autogestion susciter d'autres vocations. A part donner
10 euros, que pouvons-nous faire? 10 euros, c'est vrai que ce n'est
pas énorme et que presque tous nous pouvons les donner, mais
que pourrions-nous faire d'autre?
Marie-Claire: Nous avons grandement besoin de vos prières,
de vos suggestions, de votre expertise en matière de NTIC, de
documents (CD, livres, Bd...), d'ordinateurs pour être connectés
sur le Net, d'une photocopieuse, outil indispensable pour les docu-ments
ne faisant pas l'objet de prêt à domicile, etc.